On peut se dire au revoir plusieurs fois PDF

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. 19 mai 1981, exactement sept années après l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République, le 19 mai 1974. On peut se dire au revoir plusieurs fois PDF m’avez donné les biens les plus précieux de la collectivité nationale.


 » Tôt ou tard, il allait revenir. Je connaissais les pronostics de mon cancer. Je pouvais retarder l’échéance, gagner des années, presque l’oublier, mais cette fois c’était « the Big One », comme disent les Californiens qui redoutent un tremblement de terre dévastateur.
Cette rechute m’a amené à me poser les questions les plus graves, peut-être les plus importantes, de ma vie : si je suis rattrapé par la maladie alors que je pense, mange, bouge, respire et vis anticancer, alors que reste-t-il d’Anticancer ?
C’est pour répondre à cette question que j’écris aujourd’hui.
Ce livre est aussi l’occasion, pour moi, de dire au revoir à tous ceux qui ont apprécié mes livres précédents ou qui sont venus m’écouter. Quoiqu’il arrive, j’ai le ferme espoir que cet au revoir ne sera pas le dernier.
On peut se dire au revoir plusieurs fois. « 

David Servan-Schreiber

Jean d’Ormesson a écrit dans Le Figaro :  Ce soir-là, cet admirateur de Louis XV avait pris l’allure du roi Lear. En 2006, dans ses Mémoires, Valéry Giscard d’Estaing s’interroge :  En ai-je trop fait dans ce mot de la fin ? Sûrement ni le décor ni le texte qui n’avaient rien de mélodramatiques ! Peut-être le court ballet de la fin me sera-t-il reproché ? Peut-être aura-t-il causé de la peine à certains de ceux qui m’ont regardé ? Si l’allocution n’avait pas été prononcée en direct, sa réalisation aurait sans doute été modifiée.

En effet, en 2006, l’ancien président explique à Christophe Barbier :  Il me fallait dire adieu aux Français. Or, en France, on ne dit pas adieu, c’est trop dramatique, on dit au revoir. Après avoir prononcé mon message, pour visualiser ce départ, j’ai demandé au cameraman de filmer ma sortie. En 2010, il confirme ainsi :  La porte était loin.

J’avais l’idée d’être assis, de dire mon texte, de me lever et de partir. Dans ses Mémoires, Valéry Giscard d’Estaing précise  l’instruction qu’il avait demandée au cameraman de suivre à la lettre  :  Lorsque j’aurai terminé mon texte, j’attendrai un instant avant de dire  au revoir  en regardant la caméra, c’est-à-dire les téléspectateurs, puis je me lèverai et me dirigerai vers la porte. Je sortirai et fermerai la porte derrière moi. Dans un livre publié en 2011, le journaliste Pierre Favier observe :  D’évidence, l’émission avait fait l’objet d’une soigneuse mise en scène. Le pathétique et la dramatisation ont provoqué des sentiments mêlés de compassion, de gêne ou de malaise chez certains. Des sarcasmes aussi chez nombre de téléspectateurs et commentateurs.

Il remarque aussi :  La porte s’était refermée derrière Giscard et la chaise restait vide. Comme si le président sortant avait voulu frapper les esprits par une image symbolique du vide du pouvoir ou d’une France abandonnée à elle-même. Les médias ainsi que les hommes politiques ont fait plusieurs fois référence à ce discours. Pendant l’entre deux tours de l’élection présidentielle de 2012, le candidat François Hollande parle ainsi de son adversaire :  Le candidat sortant de 1981 n’arrivait pas à dire au revoir. Je ne sais pas ce que l’autre va faire. Mais nous, on lui dit déjà au revoir. L’émission de télévision Les Enfants de la télé se termine régulièrement par la scène où Giscard d’Estaing quitte sa chaise après son  au revoir .